Le capétan Minas

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Le point de vue de Kazan :

«A Kayseri même et à Gérmeer, village natal de mon grand-père maternel, il y avait encore des maisons vides et délabrées où avaient vécu les Grecs. Les plus âgés des Turcs se rappelaient les Grecs avec amitié. Toute l’histoire de leurs relations étaient sanglante et meurtrière, mais ces gens-là se rappelaient leurs adversaires avec affection. »

Kazan par Kazan, entretiens avec Michel Ciment, Ramsay poche cinéma, Stock, 1973

Lettre au Gréco, Nikos KAZANTZAKIS (suite) -VIII

Lors de ses incursions nocturnes saint Minas devient le capitaine Minas, un vrai rebelle crétois que les Turcs craignent car si le saint leur importe peu, ils respectent le grand guerrier :

«  Il était le capitaine des chrétiens. Hassan bey, le sanguinaire ennemi des chrétiens, était son voisin ; son logis était tout contre l’église, et une nuit il entendit des coups violents contre le mur, au-dessus de son lit ; il comprit que c’était saint Minas qui le menaçait, parce que le jour même il avait fait rouer de coups un chrétien. »

Pour avoir la paix, Hassan bey institue une sorte de culte personnel à saint Minas en vertu du principe :

«  Nous sommes voisins, ne nous disputons pas ! »

Dans l’esprit de Nikos, si même saint Minas s’en mêle, si les Turcs sont obligés de composer avec lui, c’est bien que cette guerre est juste. L’enfant hésite entre ses aspirations à une coexistence pacifique qui reste bien fragile et le devoir de mémoire qui le taraude :

« – Il était saint ton grand-père ? Tu ne nous as pas dit qu’il faisait la guerre aux Turcs ? 

– Eh ! c’est la même chose (…) »

Les morts poussent les vivants à reprendre la lutte, dans une chaîne sans fin où chaque individu se sent responsable du maillon suivant et solidaire du maillon précédent :

«  Jamais je n’ai senti aussi profondément que nos morts ne sont pas morts et que dans les moments décisifs ils poussent un cri, se redressent d’ un bond et prennent possession de nos yeux, de nos mains et de notre esprit. Tous mes aïeux que les Turcs avaient tués rugissaient et hurlaient de joie (…) »

Photo: Kritsa, fresque de la Panaghia Kéra,  saint. (c) tous droits réservés à GP.

 

 

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