« Je n’espère rien, je ne crains rien, je suis libre! »

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Lettre au Gréco, Nikos Kazantzakis (à suivre) – I

Héraklion et sa formidable fortification qui fait presque tout le tour de la ville ancienne, jusqu’au fort de Koulé. Au bastion Martinengo, l’un des sept qui hérissent à intervalles réguliers la muraille, je lis sur la stèle de la tombe de Kazantzakis: « Δεν ελπίζω τίποτα, δεν φοβάμαι τίποτα, είμαι λεύτερος ! ».

Hier soir, j’ai fait la connaissance d’un jeune Crétois, un trentenaire dynamique qui m’a fait la conversation. Μανόλης m’a parlé de son travail, de ses collègues et plus particulièrement de son binôme, un jeune Turc. Je lui demande : « Cela ne vous gêne pas de travailler avec un Turc ? On n’aurait pas pu imaginer cela il y quelques décennies. » « Pas du tout, me répond-il, cela se passe très bien ! Il ne faut pas voir ce qui nous divise, mais ce qui nous unit ». Que de chemin parcouru depuis Kazantzakis !… pourtant un esprit éclairé, pétri d’influences dont il ne voulait retenir que l’humanisme : Jésus, Bouddha et … Lénine. Des souvenirs de lectures me reviennent, en particulier : « Η αναφορά στον Γκρέκο»….

Ecrite en 1956, la Lettre au Gréco est l’autobiographie, sinon légèrement romancée du moins mise en perspective et ordonnée, de Nikos Kazantzakis. Plus que « le bilan d’une vie » ainsi que le dit le sous-titre, c’est un compte-rendu d’un Crétois à un autre grand Crétois : Doménikos Théotokopoulis, dit El Gréco, peintre du XVI° siècle espagnol. Connu pour ses oeuvres sombres aux visages allongés proches des icônes byzantines, c’est paradoxalement un Crétois qui donne ses tableaux les plus célèbres à la ville de Tolède. Je pense plus particulièrement à  l’Enterrement du comte d’Orgaz  ou bien au Gentilhomme à la main sur la poitrine, que l’on peut voir maintenant au Musée du Prado. Kazantzakis est né à Candie, littéralement « la ville aux fossés », d’un mot arabe passé par le vénitien.  C’est le nom d’Héraklion sous la domination turque, près de Fodélé le village du Gréco, situé à environ 30 kms. C’est donc en compatriote et en voisin qu’il s’adresse à son fameux prédécesseur, trois siècles plus tard. C’est le seul homme dont il accepterait les remarques et éventuellement les reproches, ainsi qu’il le dit dans son avant-propos.

Photo: Héraklion, fort de Koulé. (c) tous droits réservés à GP.

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