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Certains mots que nous employons quotidiennement ont fait -sans que nous en doutions- un trajet long et compliqué depuis la Grèce. Ils ont transité par l’italien et plus particulièrement par Venise après peut-être quelques allers et retours entre le grec et le dialecte vénitien…
C’est le cas de notre mot « pantalon » ! C’est d’autant plus curieux qu’à l’époque où le mot s’est construit et s’est diffusé, l’habit en question n’existait pas vraiment en Grèce…. Jusqu’au XIX° siècle et même la première moitié du XX°, les Grecs du peuple portaient la fustanelle (jupon porté encore actuellement par les Evzones) ou le salvar (cf. sarouel) qui est une sorte de culotte bouffante. Quant au παντελόνι/πανταλόνι, on l’appelait « l’habit étroit » et il était surtout le fait d’étrangers et en particulier d’Italiens, nombreux dans les îles ioniennes.
Il faut remonter à une racine de grec ancien, très éloignée de notre pantalon puisque c’est celle du verbe s’apitoyer : ἐλεέω. Nous la retrouvons dans :
-Le vocable d’une église vénitienne consacrée à Dieu « tout miséricordieux : πάντα ἐλείμων ».
-Le nom de saints et de lieux : Άγιος Παντελεημώνος non loin de Kastoria en Macédoine, Saint-Pantaléon de Larche en France dans le département de la Corrèze.
-Les prénoms : De même que Panayotis, Sotiris ont une connotation religieuse, à Venise la dédicace de l’église a servi de prénom : Pantalone au personnage de la Commedia dell ’Arte. Cette première acception du terme se retrouve dans : pantalonnade= mauvaise farce.
Mais c’est un détail vestimentaire, des hauts-de-chausses rouges et étroits, qui va passer à la postérité ! L’habit et le mot ont suivi, partout où ils passaient, les comédiens et avec eux ce personnage de vieillard rusé, avare et concupiscent !
photo: habit traditionnel de klephte en fustanelle. (c) tous droits réservés à GP.